Les mères de Kivu : une lueur d’espoir quand la violence règne.

Ces derniers mois, Solidarité Protestante a publié plusieurs articles concernant la situation au Kivu et la violence qui ravage la région depuis plus de 20 ans. Les guerres successives, les énormes richesses naturelles et l’impunité ont créé une atmosphère propice aux violences gratuites, par avidité et par soif de pouvoir.  Les habitants et les communautés locales en sont les premières victimes.

En s’attaquant à la femme, on détruit le tissu familial et social. On détruit l’homme en tant que chef et protecteur de la famille. Il n’a pas pu protéger sa femme des violences, de l’attaque et du viol.  Les femmes et filles qui ont subi ces violences sont couvertes de honte, et n’osent pas en parler, de peur d’être abandonnées, délaissées ou jugées par leur mari, leurs enfants et la communauté.

Depuis 2004, Solidarité Protestante aide les victimes de violences sexuelles de deux manières: un suivi psychologique et une aide socio-économique.

Le suivi psychologique

Solidarité Protestante vient en aide à ces femmes par un appui psychologique. Ces femmes ont vécu des expériences horribles. Elles se sentent sales, méprisées, anéanties par ce qui leur est arrivé. Elles ont peur du moindre bruit ou geste. Une femme violée a connu la violence la plus horrible et la plus intime qui existe. Les maisons d’écoute de notre partenaire CBCA les accueillent et les écoutent, les consolent et renforcent leur estime de soi. Une première étape importante, c’est que la victime reconnaisse qu’elle n’est en rien responsable. Elle n’a pas à se sentir coupable, son agresseur est, et uniquement lui, coupable. Ce travail de reconstruction et de guérison du stress post-traumatique prend du temps. Parfois les femmes sont internées.

Malgré le peu de matériel et de formation, les assistantes psycho-sociales font un travail magnifique. Nous retrouvons des femmes fortes et souriantes, malgré leur douleur et la séparation familiale.

L’aide socio-économique

Ce deuxième volet s’occupe de la femme dans la société. En étant violées, elles ont perdu toute leur respectabilité. En les aidant à devenir économiquement autonomes, elles reprennent confiance en elles. Elles sont capables de subvenir à leurs besoins, d’être quelqu’un de bien et de réussir. Le petit montant qu’on leur octroie pour débuter un commerce ou la formation qu’on met en place transforment leur vie. De rejetées de la société, elles deviennent des exemples. Ceci aide aussi la réconciliation familiale entre épouse et mari, ou mère et enfants. L’aide au projet d’entreprise des femmes consiste en l’étape finale de leur suivi par les maisons d’écoute. Le chemin est encore long mais ces femmes ont pu donner une place à ce traumatisme et grâce au soutien économique, elles subviennent  à leurs besoins et ceux de leurs enfants.

Les maisons d’écoute sont des lueurs d’espoir dans une société ravagée par la violence. Ensemble avec notre partenaire nous travaillons dans des lieux peu fréquentés et souvent dans des petits villages peu accessibles. Malgré les difficultés, les assistantes psycho-sociales restent et prodiguent des soins de qualité. Ces femmes connaissent le nom et le vécu de chacune des victimes. C’est un travail de longue haleine, tant que les problèmes structurels ne sont pas résolus. Mais Solidarité Protestante ne peut pas rester inactive et veut continuer à soutenir ces femmes dans leur lutte au quotidien pour le respect de leurs droits et ceux des générations suivantes.