Les conditions favorisant les violences au Congo

Avec une superficie d’environ 2.345.000 km² (l’équivalent de l’Europe occidentale), la République Démocratique du Congo est le plus grand pays d’Afrique subsaharienne. Sa population de 81 millions d’habitants est la troisième plus importante d’Afrique. Selon les estimations de l’ONU de janvier dernier, le Congo abrite 540.000 réfugiés et compte 4,5 millions d’habitants déplacés à l’intérieur du pays.

Le Congo est doté d’immenses ressources naturelles : 80 millions d’hectares de terres arables et plus de 1.100 minéraux et métaux précieux. Les ressources minérales du pays comptent parmi les plus abondantes au monde. Le Congo pourrait devenir une des locomotives économiques africaines s’il parvenait à surmonter son instabilité politico-économique et ses faibles capacités institutionnelles.

A partir des années 1990, le pays s’est trouvé aux prises avec deux guerres de grande ampleur et plusieurs conflits aux conséquences dévastatrices. Si, pendant la deuxième guerre au Congo, le viol était surtout utilisé comme arme de guerre, à l’heure actuelle, la majorité des crimes sexuels sont commis par des civils. Au Congo, environ la moitié des femmes est victime de violences physiques et près d’un tiers a subi des violences sexuelles. Au Kivu, à l’est du pays, les violences sexuelles sont surtout liées à l’insécurité et à la violence. Cet article présente les différents facteurs socio-économiques et institutionnels qui contribuent à la persistance de ces violences.

Des capacités étatiques défaillantes

Le Congo a connu plusieurs crises qui ont ouvert la voie à la mauvaise gestion du pays, à l’effondrement de l’administration publique et à la détérioration de la situation politique et socio-économique. La gouvernance du pays manque de transparence, offre peu d’accès à l’information et ne parvient pas à créer d’’emplois et à réduire la pauvreté.

Depuis son indépendance, les différents dirigeants du pays ont recouru à un système étatique néo-patrimonial. Il s’agit d’une forme de gouvernance où le pouvoir public est utilisé à des fins personnelles et où il existe une confusion entre sphère privée et sphère publique et dans laquelle tous les pouvoirs se concentrent autour du président. Ce néo-patrimonialisme, caractérisé par la personnalisation, le favoritisme politique, la destruction de la bureaucratie et le pillage économique, a entravé les progrès susceptibles de réduire la pauvreté et a ouvert la voie à l’utilisation des ressources publiques, ainsi qu’à un clientélisme systémique qui s’étend du sommet à la base de l’administration. L’héritage politique des dirigeants précédents continue à assombrir le paysage politique actuel et les diverses formes de clientélisme et de népotisme perdurent dans l’ensemble du système politique.

Une corruption à tous les niveaux

Pendant des décennies, les élites politico-économiques se sont approprié les ressources du pays afin de les détourner à leur profit. La mauvaise gouvernance, la faiblesse des capacités institutionnelles, les conflits répétés et l’absence de surveillance adéquate a induit une corruption endémique qui imprègne tous les niveaux de l’appareil étatique. Toutes les formes de corruption sont largement répandues dans l’ensemble des services et des départements publics, impliquant un large éventail d’agents publics, depuis les petits fonctionnaires jusqu’aux membres les plus hauts placés du gouvernement.  Le cycle de corruption gangrène gravement les capacités des services publics à fournir les services de base et renforce la pauvreté. Les conséquences de la corruption sont très néfastes pour l’industrialisation du pays. La corruption provoquerait environ 40% de surcoût pour l’achat des produits et trois quarts des projets ne sont pas menés à bien, ce qui empêche la création d’emplois et entrave les perspectives de développement. Le pays perdrait environ 15 milliards de dollars par an en raison de la corruption et de détournements des fonds publics, selon un ancien ministre de la justice sous la présidence de Joseph Kabila.

Le mauvais état des infrastructures

Le défaut criant d’infrastructures représente un autre obstacle majeur au développement du pays. Le transport routier, la fourniture d’électricité et l’accès à des sources d’eau connaissent des déficiences importantes. Seule la moitié de la population a accès à des sources d’eau et 30%, à des installations sanitaires. Le mauvais état des infrastructures aggrave aussi les inégalités socio-économiques entre les zones urbaines et rurales. La production et l’approvisionnement d’électricité constituent une un problème majeur pour le pays. Bien que le Congo possède le deuxième bassin hydrographique africain, seuls 15% de la population ont accès à l’électricité. La distribution d’électricité connait en outre des problèmes de fiabilité et les pénuries  se produisent en moyenne dix jours par mois. En termes d’accès à lnternet et aux services de télécommunication, le pays se positionne derrière la plupart des pays africains.

La pauvreté

Pendant la dernière décennie, le Congo a réalisé des progrès sociaux significatifs bien que ces derniers restent faibles au regard des défis que le pays connaît. Ces progrès ont été lourdement affectés par la persistance de l’instabilité politico-sécuritaire et économique. Le pays compte parmi les pays les plus pauvres du monde et se situait, en 2018, selon l’Indice de Perception de la Corruption calculé par l’ONG Transparency International, au 160e rang sur 180 pays. La pauvreté au Congo est supérieure à la moyenne de l’Afrique subsaharienne et près de 14% de la population en situation d’extrême pauvreté en Afrique subsaharienne vit au Congo. Environ les deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté. De grandes disparités de revenus existent entre individus. Les femmes (surtout les veuves et les femmes chefs de ménage), les enfants et les personnes âgées sont particulièrement vulnérables et sont exposés à de plus forts taux d’extrême pauvreté, à la suite de la perte de ressources. Les provinces du Nord- et Sud-Kivu comptent le plus grand nombre de pauvres et abritent environ 25% des 44 millions de pauvres du pays.

L’inégalité entre les genres

Bien que le pays ait progressé afin que la femme soit mieux intégrée au processus de développement, le modèle familial patriarcal contribue lourdement aux disparités entre les genres dans les domaines de la santé, de l’économie et de l’autonomie. Le précédent Code de la Famille stipulait, par exemple, que la femme mariée devait obtenir l’aval de son mari pour certifier un document, pour ouvrir un compte bancaire ou pour aller travailler hors du domicile. Même si le nouveau Code de la Famille, adopté en 2016, a supprimé la majorité de ces dispositions discriminatoires, les coutumes et usages traditionnels forment des obstacles à la promotion de la femme. Ces stéréotypes attribuent à la femme et à l’homme des caractéristiques spécifiques. La femme est souvent vue comme obéissante, bonne épouse, bonne mère et responsable des tâches ménagères. Par contre, les vertus masculines incluent entre autres la virilité, l’agressivité et la prise de risque. On attend des hommes qu’ils soient les chefs de famille et qu’ils subviennent aux besoins familiaux. Cette dynamique socio-culturelle grève la condition sociale de la femme dans la sphère publique et privée. Dès la petite enfance, des écarts saisissants entre les genres se creusent en matière de santé, d’éducation, de droit foncier, de droit à la propriété, d’activité économique et de prise de décision.

Bien que des progrès énormes aient été réalisés au cours des deux dernières décennies dans le domaine de la santé féminine, le taux de mortalité maternelle reste élevé et plusieurs facteurs de risque majeurs perdurent pour la santé des femmes. Par exemple, des pénuries subsistent dans l’accès aux services de planification familiale et dans l’aide à l’accouchement. A ceci s’ajoute aussi le nombre de mariages précoces qui reste un problème de grande ampleur. Les risques que les filles adolescentes rencontrent pendant la grossesse et à l’accouchement sont multiples. Et les mariages précoces augmentent le risque de contracter d’autres maladies comme, par exemple, le VIH.

En matière d’éducation, la parité entre filles et garçons existe en ce qui concerne les inscriptions dans l’enseignement primaire. Par contre, les filles sont beaucoup moins nombreuses à fréquenter l’enseignement secondaire. Souvent, les filles quittent l’école pour cause de mariage ou de grossesse précoce, ce qui limite leurs futures possibilités de formation et d’emploi.   

Les femmes travaillent surtout dans l’agriculture et dans les petits commerces du secteur informel. Elles assurent environ 80% de la production agricole et de la commercialisation des produits alimentaires. Toutefois, elles sont rarement propriétaires des terres et sont limitées dans la prise de décision en ce qui concerne la gestion et l’exploitation des terrains. N’ayant pas d’accès aux ressources financières, il reste difficile pour les femmes travaillant dans l’agriculture d’investir  dans la production et les nouvelles technologies. Même si le Code de la Famille ne fait pas de distinction entre les genres dans le domaine de la succession, les coutumes traditionnelles limitent le droit à la propriété des femmes et à leur héritage foncier. Les femmes sont aussi moins nombreuses à détenir des entreprises parce qu’elles ont un faible accès au système bancaire et au crédit, à cause de la méfiance des institutions financières.

Conclusion

Des obstacles majeurs au développement du Congo existent. Ces obstacles favorisent en même temps le statut inférieur de la femme et les violences faites aux femmes qui en résultent. Des politiques à court et à long terme sont indispensables pour mettre fin à ces violences et pour engager le pays vers une société plus équilibrée et un développement plus durable.