Les femmes dans la guerre: Le volet psychologique

La violence perpétuelle et l’impunité laissent des traces énormes dans les corps et les esprits des victimes de ces violences. En RDC, il y a 1.152 viols par jour, soit 48 par heure ! C’est un acte odieux inscrit dans la chair de ces victimes : certaines acceptent cette cicatrice et arrivent à vivre avec elle, d’autres la haïssent et ne parviennent jamais à retrouver un équilibre après ces événements.  Cette semaine, Solidarité Protestante s’arrête sur les conséquences psychologiques du viol.

Les violences sexuelles n’ont rien à voir avec un désir ou des pulsions sexuels, ce sont des armes très efficaces pour détruire et dégrader l’autre, le soumettre et le réduire à l’état d’objet et d’esclave. La violence sexuelle couvre des actes allant du harcèlement verbal à la pénétration forcée, ainsi que des formes de contrainte très variées, de l’intimidation sociale, à la force physique.

 Lors d’une agression sexuelle, la victime se trouve en état de choc, ce qui paralyse toute activité de son cerveau. Elle est alors dans l’incapacité de réagir de façon réfléchie, reste pétrifiée ou agit de façon automatique. Cet état provoque une surproduction d’hormones de stress (adrénaline et cortisol), qui comporte des risques pour la victime (au niveau cardiologique et/ou neurologique). Poury échapper, le cerveau provoque une « disjonction », qu’on nomme dissociation traumatique : la victime se sent « déconnectée » et assiste de façon passive à l’événement, comme s’il n’était pas réel. C’est parce qu’elles subissent des dissociations traumatiques que certaines victimes ont l’air très calmes et détachées, comme si rien ne s’était passé. Ce peut être déstabilisant pour les personnes qui les entourent et rend très difficile la détection de ces situations.

La vie après le viol.

Il y aura toujours un avant et après quand un événement traumatisant se produit. Les victimes ne sont plus les mêmes, ni leur entourage (article du 25/05/2019).

En cas de viol, par exemple, une victime de violence sexuelle se sent souvent coupable alors qu’elle ne le devrait pas ! Elle éprouve un sentiment de honte et d’humiliation. Elle se demande si elle l’a mérité, si elle a fait quelque chose pour la provoquer, si elle aurait pu l’éviter, etc.  Il est donc primordial que ces femmes et filles puissent s’exprimer. C’est là le travail mené avec les assistantes psycho-sociales. Celles-ci vont leur affirmer  et leur répéter qu’elles ne sont pas coupables et que c’est l’agresseur qui a commis un crime.

Pour réussir à surmonter un tel traumatisme, il est important d’en parler, que ce soit à un proche  ou à une oreille externe.  Mais dans le contexte congolais, il est difficile de se confier car la pression sociale est énorme: quand on sait qu’une femme a été violée, on l’évite et elle est abandonnée par la famille et les amis. De plus, en parler rend ces événements concrets. Cette démarche est encore plus difficile quand l’auteur est un proche, car la victime culpabilise davantage, en se disant que, si elle dépose plainte, ce sera sa faute si cette personne risque d’aller en prison. Pourtant, si un auteur risque la prison, ce n’est pas parce que la victime le dénonce, mais bien parce qu’il a commis un/des acte(s) puni(s) par la loi !

D’autres conséquences peuvent être la peur et l’anxiété, la dépression, l’automutilation, l’abus de drogues ou d’alcool. Mais les victimes développent aussi parfois des symptômes de stress post-traumatique.

Les maisons d’écoute soutenues par Solidarité Protestante sont des maisons de refuge pour ces femmes et filles. Les assistantes psycho-sociales les aident à surpasser leur traumatisme, tout d’abord par l’écoute, mais aussi par l’encouragement, leur expliquant qu’elles ne sont pas responsables et leur redonnant petit à petit confiance en tant que personne et femme. C’est un travail de longue durée, qui se fait tant individuellement qu’en groupe. Malgré l’insécurité et le danger continuels, ces femmes ne baissent pas les bras et continuent, jour après jour, à se battre pour leur sécurité et celle de leurs enfants.

Laisser une réponse