Les femmes dans la guerre : Le volet médical

Dans le premier article, nous avons brossé le tableau de la violence au Kivu. Depuis 1994, la région n’a pas connu de repos. La guerre continue de s’embraser et il y a des rafales de violence dénuée de sens.

Cette violence de guerre s’accompagne  énormément de violence sexuelle. Le viol et les agressions sexuelles sont systématiquement organisés par les différentes milices et armées. Cette violence veut humilier, punir, contrôler, blesser, effrayer et détruire des communautés.

Parfois, le viol fait partie d’une stratégie à plus grande échelle ou est utilisé comme une sorte de rite d’initiation, par exemple pour les enfants soldats. Mais il est aussi utilisé comme une forme de torture, pour obtenir des informations, terroriser la population ou humilier des familles en montrant à la population masculine qu’elle est incapable de protéger ses femmes.

Dans la culture congolaise, le viol n’est plus fermement condamné. Cela devient de plus en plus une réalité banalisée. Ou, comme le disent certains : si les hommes ont un désir, ils forcent les femmes à se livrer à des actes sexuels. Mais ceci n’est pas perçu par eux comme un viol. Les auteurs sont à la fois les nombreuses milices et les membres de l’armée régulière ; malheureusement aussi, de plus en plus de citoyens ordinaires.

Les victimes sont principalement des femmes et des filles, mais les hommes et les garçons ne sont pas épargnés. Environ 20% des victimes sont des hommes. La violence sexuelle ruine la vie des femmes, des hommes, des enfants, en gros la vie des familles. Dans de nombreux pays, l’impact des violences sexuelles est exacerbé par le manque criant de soins médicaux pour les victimes. C’est certainement le cas au Congo.

Les conséquences médicales des viols

Les viols dans l’est du Congo sont connus comme étant horribles. Un viol peut avoir toute une série de conséquences physiques pour la victime, telles qu’incontinence, douleur pendant les rapports sexuels, etc. Mais au Congo, ils vont encore plus loin : des canons des armes à feu sont enfoncés dans le vagin, puis on tire ; ou on introduit du plastique fondu dans l’appareil génital. Les mutilations sont inimaginables.

Dr. Dennis Mukwege parle de cas dans lesquels toute la région pelvienne a été détruite : l’urètre, le vagin et le rectum. Tout est atrocement abîmé. Leur seul espoir est la chirurgie réparatrice suivie d’un rétablissement difficile, physiquement mais aussi psychologiquement. L’avenir de ces victimes est hypothéqué : avoir des enfants devient difficile, se marier ou simplement construire leur vie est presque impossible.

En cas de viol, il est toujours recommandé de se rendre dans un hôpital ou un centre de santé dans les 72 heures. Le traitement de l’infection par le VIH / sida doit commencer dans les 72 heures et la contraception d’urgence est encore possible jusqu’à cinq jours après le viol. Les infections à l’hépatite B et au tétanos peuvent être prévenues avec un vaccin qui peut être administré après un viol. De cette façon, d’autres complications à long terme sont évitées.

Mais ce n’est pas facile : les postes de santé et les hôpitaux sont généralement très éloignés. De plus, les victimes ont honte. Elles doivent surmonter la peur et la stigmatisation pour se présenter à un poste de santé. Les recherches menées à l’hôpital Panzi à Bukavu montrent que la majorité des femmes attendent plus de 2 ans avant de demander de l’aide médicale.

Et à long terme …

On pourrait penser qu’après le traitement médical qui suit immédiatement le viol, la victime est guérie, mais souvent, elle souffre également de soi-disant maux cachés : problèmes physiques qu’on ne lie pas directement au viol, mais qui en sont bel et bien le résultat. Par exemple, elles souffrent de pertes urinaires, de douleurs pelviennes chroniques, de douleurs abdominales ou de douleurs pendant les rapports sexuels. En raison du traumatisme, il est difficile de relâcher le plancher pelvien, ce qui provoque une douleur ou une incontinence.

Avec ces plaintes, les femmes du Kivu viennent rarement en consultation. Et pourtant, elles ont besoin d’une assistance médicale rapide.

Sur le terrain

Une approche holistique est nécessaire pour soutenir les victimes de la violence : un soutien médical, ainsi que des conseils psychologiques, socio-économiques et juridiques. Solidarité Protestante aide les victimes à pourvoir dans leurs frais médicaux. Parce qu’elles sont non seulement victimes mais parfois terriblement mutilées, rejetées par leurs familles, elles sont maintenant seules et doivent trouver l’argent pour le traitement médical elles-mêmes.

En plus des soins médicaux, un suivi psychologique est également nécessaire, car la violence sexuelle provoque un traumatisme psychologique qui a des effets tout aussi nocifs et qui dure plus longtemps. Les femmes, les hommes et les enfants peuvent souffrir du syndrome de stress post-traumatique après un viol. Une aide psychologique peut aider les victimes de viol à retrouver une vie normale. Cet aspect est présenté dans l’article qui paraitra le 25 avril.

Laisser une réponse