Les femmes dans la guerre: KIVU – Partie 1

Les guerres du Congo et les conflits au Kivu

La région du Kivu, en République Démocratique du Congo, est voisine à l’est du Rwanda et Burundi et de la Tanzanie. En bordure du Lac Kivu et du Lac Tanganyka, le Kivu est avec son climat tropical, ses montagnes et volcans, ses forêts denses et savanes herbeuses,  un vrai paradis idyllique avec une terre très fertile où tout pousse : des haricots et oignons aux fruits de la passion et bananiers. C’est une des régions les plus riches du monde en termes de gaz méthane, pétrole et de ressources minières comme la cassitérite, l’or et le coltan qui est utilisé pour la fabrication des portables, consoles de jeux, les ordinateurs portables, etc.

Mais ce paradis s’est retrouvé au milieu des tragédies du pays. Le Kivu s’est gorgé de sang et la loi des armes prévaut dans cette région ravagée par plus de vingt ans de guerre pour le contrôle des terres et ses richesses.

Les répercussions du génocide rwandais

Tout a commencé avec le génocide rwandais, commis entre avril et juillet 1994 à la suite de l’attentat contre le président rwandais Juvénal Habyarimana. Ce génocide était basé principalement sur une différenciation ethnique, et entraînait la mort de plus de 800.000 victimes. Environ 14% de la population rwandaise trouva la mort dans ce génocide, majoritairement des tutsis mais aussi des hutus modérés et des Batwas, la population pygmée au Rwanda.

Le génocide a eu des répercussions dévastatrices sur le Kivu. Le génocide termine avec la victoire du Front Patriotique Rwandais (FPR), du président Paul Kagame. Cette victoire provoque un exode massif de 600.000 hutus rwandais vers la Tanzanie et plus d’un million vers le Congo. Parmi cet exode se trouvaient aussi les Interahamwe, les milices paramilitaires hutus rwandais, des militaires des Forces Armées Rwandaises (FAR) et des membres de l’ancien gouvernement et administration. Pendant le génocide, ils n’étaient pas seulement les auteurs des exécutions massives à la machette ou avec des massues mais s’attaquaient aussi délibérément aux femmes tutsi et hutus modérés, tuaient leurs enfants et détruisaient l’appareil génital féminin et inoculaient leurs victimes des maladies sexuellement transmissibles.

Suite à cet exode, des camps d’exilés rwandais se sont établis à proximité de la frontière. Au Kivu, les miliciens Interahamwe et les ex-militaires forment l’Armée de Libération du Rwanda (ALIR) et terrorisaient non seulement les réfugiés rwandais mais aussi les populations locales du Kivu tout en planifiant une invasion au Rwanda. Car ils n’avaient pas été désarmés en rentrant en exil au Kivu. Avec leur violence ils voulaient empêcher le retour de leurs compatriotes réfugiés. A partir des camps de refugies qu’ils utilisent en tant que base, ils lancent des attaques contre les tutsis au Rwanda.

La guerre de 1996

Suite aux incursions de l’ALIR au Rwanda, l’armée rwandaise, attaque durant l’automne de 1996 les camps de réfugiés au Kivu. Elle franchit les frontières et règle son compte avec les hutus réfugiés et massacre à son tour des milliers de réfugiés hutus. La violence des deux camps n’épargnent pas les civils, tant les femmes et les enfants sont massacré et mutilé. Les mêmes tactiques (viol, humiliation, mutilation, …) que dans le génocide sont utilisées à grande échelle.

Mobutu, président de l’ex-Zaïre, craint que ces attaques pourraient entamer l’exportation du conflit rwandais sur son territoire et force des milliers de réfugiés rwandais de retourner au Rwanda. La situation s’aggrave en octobre 1996 quand  le vice-gouverneur de la province du Sud-Kivu ordonne aux Banyamulenges, groupe rwandophone tutsi, vivant depuis des siècles à l’est de Kivu,  de quitter le pays dans un délai de 6 jours. Une décision qui donnera quelques mois plus tard lieu à la guerre de 1996. Les banyamulenges se rebellent et s’allient aux opposants de Mobutu. Ces miliciens forment avec le soutien du Rwanda et de l’Ouganda, l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Zaïre (AFDL). Ce groupe, dirigé par Laurent Kabila, veut chasser Mobutu du pouvoir. Une montée rapide conduit l’AFDL en quelques mois du Kivu à Kinshasa et entraîne la chute du président Mobutu et la prise du pouvoir en mai 1997 par Kabila. Cette guerre a connu de nombreux massacres perpétrés, des exactions de milliers d’hutus et de la dispersion des réfugiés rwandais. De nouveau le Kivu est le jouet des milices et des pays voisins, dont la population est la plus grande victime : massacrée et poursuite tant de côté des milices que des forces officielles, mutilée, violée, … La population n’a pas été épargnée.

La guerre de 1998

Mais ce changement de pouvoir n’apporte pas la paix tant attendu par le Kivu. Les populations locales n’ont pas le temps de guérir de leurs blessures. Peu de temps après Kabila ordonna le retrait des troupes rwandaises et ougandaises. Peu apprécié, les troupes des Banyamulenges se mutinèrent et forment le Rassemblement Congolais pour le Démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda. Ils prennent rapidement les villes de Goma, Bukavu et Uvira au Kivu ainsi que le contrôle des ressources minérales. Allié avec l’Ouganda et avec la bienveillance du Burundi, le gouvernement rwandais occupa une partie du nord-est du Congo réclamant que le territoire est historiquement rwandais. De nouveau, la société est bouleversée : hommes et femmes assassinées, mutilés et violés, enfants orphelines et spectateurs d’autant de violence, …

Sous le prétexte que Kabila planifiait un génocide contre les tutsis dans la région du Kivu le gouvernement rwandais continue d’assister et de soutenir le RCD. A travers le pays les confrontations armées se succèdent et dès la fin août 1998 les rebelles du RDC approchent Kinshasa. Menacé, Kabila s’assure le soutien de 6 autres pays africains, c’est-à-dire l’Angola, le Zimbabwe, la Namibie, le Tchad, la Libye et le Soudan. Les intérêts de ces états étaient multiples entre autres géopolitiques ainsi que l’exploitation des ressources naturelles. Une guerre, souvent surnommée la grande guerre mondiale africaine, se déclenche sur plusieurs fronts. Elle impliquera neuf pays africains et plusieurs groupes armés dont des hutus congolais et rwandais, des tutsis congolais, des rebelles burundais et des milices locales Maï-Maï.

En juillet 1999 un premier accord de cessez-le-feu fut signé à Lusaka entre six pays belligérants qui veut entre autres désarmer les groupes armés. Le cessez-le-feu est fragile et les Nations Unies envoient une force de 5.500 militaires afin de superviser l’accord de Lusaka. Le désarmement des groupes armés se fait attendre et les conflits entre les groupes armés et les forces gouvernementales se poursuivent. Un tournant vient en janvier 2001. Laurent Kabila est  assassiné par un garde de corps. C’est son fils Joseph Kabila qui le succède. Différents accords de paix furent signés et en décembre 2002 l’Accord de Gbadolite, un cessez-le-feu entre le MLC de Jean-Pierre Bemba et les RCD, fut signé. Malgré cet accord les hostilités continuent. La région du Kivu reste déchirée par les violences. Un accord sur papier qui n’apporte pas la paix pour la reconstruction de la société qui subit cette violence depuis maintenant 10 ans. Des troupes se déplacent entre l’Ouganda, le Rwanda et des zones d’occupation respectives. Finalement le gouvernement ougandais retire ses troupes en mai 2003 et en juin 2003 la formation du gouvernement de transition du Congo de Joseph Kabila marque la fin de la deuxième guerre au Congo. Les effets de la guerre sont dévastateurs. Le nombre de morts est estimé entre 3 et 4 millions, plus de 3 millions de personnes ont été déplacées au sein du Congo tandis qu’environ 2 millions ont pris la fuite vers le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda et la Tanzanie. La guerre a détruit l’économie du Kivu ainsi qu’une grande partie de l’infrastructure.

La guerre au Kivu

Mais seulement un an plus tard, une nouvelle guerre se déclenche. Une nouvelle armée nationale est organisée après la guerre: les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). On va intégrer les milices paramilitaires dans l’armée.  Mais Laurent Nkunda, ancien membre de la milice RDC rejette le pouvoir et s’oppose à la nouvelle armée nationale. Il se réfugie avec ses troupes dans les forêts du Masisi au Nord-Kivu. Selon lui, il doit protéger les tutsis du Congo dont la sécurité et intérêts économiques sont menacés. Entre 2004 et 2009 les combats se succèdent entre les troupes de Nkunda et FARDC. En janvier 2009 Nkunda, contre qui un mandat d’arrêt international avait été lancé pour nombreux crimes de guerre et des crimes contre l’humanité fut arrêté en janvier 2009 au Rwanda. Quelques mois plus tard, la milice de Nkunda signe un traité de paix avec le gouvernement congolais et est incorporé dans le gouvernement comme parti politique. Ils occuperont trois ministères.

Ceci aurait pu être la fin des violences mais en avril 2012, des ex-membres militaires de la milice de Nkunda forment le Mouvement du 23 Mars (M23) qui fait référence aux accords signés le 23 mars 2009. Ils considèrent que le gouvernement ne respecte pas les modalités de l’accord et réclame la protection du peuple tutsi. C’est le début d’une nouvelle guerre au Kivu.

Pendant cette guerre le M23 commet de nombreuses exactions et des violences contre les populations locales.  Selon le Conseil de Sécurité des Nations Unies le M23 bénéficiait d’un soutien militaire, politique et financier du gouvernement du Rwanda qui y voit des intérêts économiques. En décembre 2013 le M23 signe l’accord de paix de Nairobi qui confirme la dissolution du M23.

Une guerre sans fin.

Des combattants locaux, des insurgés, les forces gouvernementales mais aussi les flux migratoires d’autres groupes politico-militaires, des infiltrés des pays voisins ainsi que la présence des troupes burundaises, ougandaises et rwandaises ont totalement déstabilisé l’équilibre géopolitique de la région. Au Kivu les richesses naturelles ont suscité les convoitises et les nombreux groupes armés et milices y font étalage de leur force.

A l’heure actuelle, les groupes armés continuent à se proliférer, au nez et à la barbe des casques bleus de l’ONU et de l’armée congolais. Selon des estimations de Human Rights Watch environ 120 groupes armés sont actuellement actifs au Nord et Sud- Kivu. Ces groupes sont généralement de petite taille et basés sur des lignes ethnocentriques et sont de plus en plus empêtrés dans des coalitions instable. Ils se battent incessamment entre eux et se sont mis dans une orgie de violence et une course effrénée aux richesses naturelles avec ses corolaires comme le pillage et les meurtres, destinées à terroriser la population locale pour le contrôle des territoires riches en minéraux et du pouvoir.

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