L'horreur n'aura donc pas de fin au Nord Kivu ?
Solidarité Protestante appuie un projet de réhabilitation et de réinsertion des femmes et jeunes filles victimes de violences sexuelles ; projet financé par la CGRI-DRI. Et dont le maître d’œuvre est le département Femmes et Famille de la CBCA (Communauté Baptiste au Centre de l’Afrique).
Le projet fonctionne dans les districts de Lubero, Masisi, Walikale et Rutchuru, notamment dans les paroisses de Kanyabayonga, Kitsombiro, Buturande et Bwatsinge.
La violence faite en général aux populations civiles et aux femmes en particulier, semblait se réduire au Nord-Kivu depuis les accords de Goma en 2009, la fin de l’aventure du CNPD et le redéploiement de l’Etat congolais dans la région.
Certes, au vu de la souffrance des victimes, c’était une réduction toute relative car si cette violence était devenue moins systématique, elle n’en demeurait pas moins très largement diffuse [voir encadré], entretenue par une situation politique et sociale difficile et une impunité de fait des actes d’incivismes (euphémisme désignant aussi bien les tracasseries délictuelles que le vol, le meurtre et le viol).
Selon l’église de la CBCA, responsable d’un programme d’aide aux femmes victimes de violences sexuelles que soutien financièrement Solidarité Protestante depuis 2008, on peut pour les premiers mois de 2010, évaluer sur la seule base du nombre de femmes pris en charge par les structures sanitaires, à plus de dix viols commis par jour au Kivu. Ce chiffre est corroboré par ceux de l’hôpital de Panzi.
Mais, encore une fois les faits nous ont rappelé la réalité : l’horreur et la barbarie n’ont pas disparu dans l’est de la République Démocratique du Congo.
Le 30 juillet dernier et durant les premiers jours d’août, le village de Luvungi (un bourg agricole isolé, situé entre Walikale et Masisi) a été investi et occupé militairement par plus de quatre cent hommes en arme du FLDR (rebelles hutus rwandais) et des milices Maï-Maï.
Selon les premières informations fournies par les humanitaires présents sur place, plus de 200 femmes auraient été systématiquement violées – à Luvungi ses alentours - dans des conditions atroces et sous le regard de leur propre famille ; leurs enfants subissant aussi cette violence quand ils n’étaient pas transformés en bêtes de somme, en esclaves avec d’autres hommes, pour transporter le butin de leur razzia.
De même, au début de l’été des groupes armés (ADF Nalu) venus d’Ouganda se sont livrés à des exactions identiques dans la région de Béni (Nord-Kivu).
La réalité de ces crimes, parfois de grande ampleur comme à Luvungi, c’est qu’ils ne sont pas commis par des brigands réduits au désespoir par les forces de sécurité congolaises. Ils trouvent leur origine et leur logique, dans la guerre que se livre « presque tout le monde » au Kivu, pour s’approprier et exploiter les mines de coltan, de cassitérite, d’or ou de diamants.
Alors il faut briser les communautés villageoises pour s’accaparer les terres, terroriser les populations pour assurer les approvisionnements des mines (approvisionnement en hommes en femmes et en nourritures), et violer systématiquement pour imposer le silence de tous.
L’horreur et la barbarie ici est une stratégie où se mêlent comme dans une danse macabre, la cupidité et l’égoïsme des uns, la folie des autres, les enjeux régionaux et enjeux internationaux, les intérêts politiques et commerciaux… mais où la souffrance des femmes et des populations civiles ne s’entend pas.
Pour sortir un jour de cette réalité, il faudra être courageux pour à la fois soutenir les victimes et imposer des solutions.
Olivier Pelat
ONG Solidarité Protestante asbl,
Membre de